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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 19:26

L’économie numérique apparaît comme le résultat conjugué des applications technologiques issues de l’Internet, des usages individuels et collectifs qui en découlent, ainsi que d’une économie de la dématérialisation à l’intérieur de laquelle se redéfinissent le rôle et le fonctionnement des organisations et des marchés. Ce qu’il est convenu d’appeler depuis quelques années « la révolution numérique » constitue un phénomène dont l’origine est très proche dans le temps, avec l’émergence de l’IP (Internet Protocol) et du Web 2.0. Cette économie a revêtu rapidement une ampleur exceptionnelle, impliquant tous les champs d’activités de l’économie et de la société. Les effets induits par la convergence voix-données-images, la croissance irrésistible des capacités de traitement, de stockage et de transport de l’information, le caractère cumulatif des innovations de produit, de service et de procédé, le développement de la culture « bottom-up » semblent donner au numérique le statut d’une « nouvelle révolution industrielle »[1], qui transformerait les comportements et les représentations, métamorphoserait chaque utilisateur en noeud de son cercle de connaissances et ferait émerger de « nouveaux maîtres du monde » en mesure de peser sur le futur[2].

Cette économie numérique est à la source de nouvelles activités qui peuvent apparaître comme des gisements potentiels de croissance et d’emploi et partant, comme des solutions possibles de sortie de crise. C’est le cas, en particulier, des industries créatives dont la légitimité est supportée en Europe à la fois par les institutions communautaires, les États et les collectivités territoriales, sans parler des acteurs industriels eux-mêmes. La difficulté est à la fois de s’entendre sur une délimitation précise du périmètre de ces activités et d’en mesurer la portée économique réelle. Cette difficulté concerne également l’identification de la nature véritable de ce qui est à l’oeuvre dans ces ateliers numériques que sont les Fab Labs où les Makers du 2.0 élaborent des produits innovants, à l’image des imprimantes 3D. Ces lieux peuvent être associés à la révolution industrielle évoquée ci-dessus ou, plus modestement, à des espaces de bricolage numérique.

Pour autant, les interrogations autour de l’économie numérique ne s’épuisent pas dans la vision positive du progrès technique ou dans l’approche matérielle renouvelée d’un consumer capitalism qui verrait se démultiplier à l’infini les objets du désir. L’économie numérique fait émerger de nouveaux espaces de réflexion, conjuguant notamment les problématiques :

- des supports techniques et des normes,
- des relations sociales et du facteur humain,
- de la gestion des données personnelles et des big data,
- de l’organisation économique et des nouvelles formes de coordination de l’activité,
- de l’appropriation des richesses,
- de la transparence et de la démocratie.

Par ailleurs, l’économie numérique est loin de constituer un espace lisse dénué de rapports de forces. Ainsi, de grandes entreprises, comme Google, Amazon, Facebook, Ebay ou Tweeter, Apple et Microsoft, continuent à vouloir imposer des conditions nouvelles de production et de marché. De même, des organisations - marchandes bien sûr mais également étatiques, mafieuses, etc. - s’évertuent à vouloir contrôler les données numériques et leurs sources. De plus, si la participation des utilisateurs à la définition du produit contribue à faire émerger un modèle de la co-conception, la valeur du travail des contributeurs ne donne pas matière à rétribution, alors même que ceux-ci cèdent également l’usage de leurs données personnelles. Celles-ci apparaissent infimes, mais agrégées, elles ont beaucoup de valeur. Dès lors, bien que l’économie numérique et les technologies qui lui sont associées soient censées accroître les richesses et les opportunités, ces richesses et ces opportunités semblent être de façon croissante sous le contrôle d’un nombre limité d’acteurs. Il y a ainsi loin de la coupe aux lèvres.

Ces développements indiquent que les représentations de l’économie numérique comportent des degrés de complexité qui impliquent de s’engager dans des analyses approfondies. Ces degrés de complexité conduisent également à affronter les contradictions, à proposer des démarches d’explication et de compréhension et à tenter de déployer des visions prospectives qui puissent contribuer à ouvrir les chemins de la connaissance. L’ambition du colloque de l’ISEG-ISERAM du 10 avril 2014, organisé sur le thème de l’économie numérique à la Maison de l’Europe, consiste précisément à tenter d’y voir un peu plus clair sur les interprétations qui s’accumulent ici et là, sans toujours souligner les défis en cours et sans faire apparaître les enjeux contradictoires qui semblent pourtant essentiels à l’appréhension de cette économie.

Les intentions de communication pourront s’articuler autour de cinq thèmes majeurs, sans que ceux-ci ne constituent pour autant une liste limitative.

1er thème. Économie numérique et monétisation : économie de la contribution et propriété intellectuelle ; effets du tout-gratuit.

2e thème. Économie numérique et enjeux sociétaux : avancée ou recul de la démocratie ; big data ; culture du bottom up ; espionnage ; malveillance ; manipulation froide ; régulation ; RSE ; traçabilité des produits ; transformation de l’État ; univers collaboratif.

3e thème. Économie numérique et voies de financement singulières : crowfunding ; monnaies parallèles ; nouveaux leviers de financiarisation.

4e thème. Économie numérique, changements stratégiques et business models : cantines, Fab Labs et Makers 2.0 ; cloud à la demande ; concentration croissante de l’information ; entrepreneurs schumpétériens ou kirznériens ; innovation et quête de la rente ; mobilité ; MOOC et formation ; réseaux sociaux.

5e thème. Économie numérique, industries et territoires : écosystèmes industriels ; industries créatives, culturelles et numériques en Europe comme solutions de sortie de crise ; mutations des services publics (hôpitaux, collectivités locales, distribution de l’eau, de l’électricité, etc.) ; open innovation, milieux innovateurs et pôles de compétitivité ; redéfinition des usages urbains.

Comité scientifique
Boualem Aliouat, Université de Nice, Sophia Antipolis
Abdelmajid Amine, Université Paris-Est-Créteil
Alain Amintas, Université de Rennes 2, CIAPHS
Gilles Antier, IAURIF et IEP de Rennes
Olivier Babeau, Université Paris VIII
Faouzi Bensebaa, Université Paris VIII
Amina Bécheur, Université Marne-La-Vallée
Danielle Benezech, Université de Rennes 1, CREM
Philippe Béraud, Télécom Bretagne et CIAPHS, Université de Rennes 2
Annie Blandin, Télécom Bretagne et CEDRE/IODE, Université de Rennes 1
Rolande Borrelly, Université de Grenoble 3, ISMEA
Didier Chabaud, Université d’Avignon
Franck Cormerais, Université de Bordeaux 3, MICA
Aude d’Andria, Université d’Evry
Arnaud de l’Épine, Ars Industrialis
Pablo Diaz, Institut d’Etudes Politiques de Rennes, CIAPHS, ISMEA
Viviane Du Castel, ISEG Group, ISERAM
Marc Humbert, Université de Rennes 1, CIAPHS
Adrienne Jablanczy, ISEG Group, ISERAM
Karim Medjad, CNAM Paris
Karim Messeghem, Université de Montpellier 1
Pierre Musso, Télécom Paristech et Université de Rennes 2
Hadj Nekka, Université d’Angers
Joan Le Goff, Université de Tours
Robert Paturel, Université de Bretagne-Occidentale
Jean-Louis Perrault, Université de Rennes 1, CIAPHS, ISMEA
Jean-Jacques Perseil, CNAM Paris
Yvon Pesqueux, CNAM Paris
José Filipe Pinto, Université Lusophone de Lisbonne
Michel Renault, Université de Rennes 1, CREM
Pierre Salama, Université Paris XIII
Ali Smida, Université Paris XIII
Adelino Torres, Université Technique de Lisbonne 4 

Comité d’organisation
Faouzi Bensebaa, Philippe Béraud, Viviane du Castel, Adrienne Jablanczy.

Les projets de communication de deux pages maximum, bibliographie comprise, devront être envoyés avant le 15 janvier 2014 au secrétariat du colloque : viviane.du-castel-suel@iseg.fr La réponse du comité scientifique parviendra aux auteurs au plus tard le 30 janvier 2014.

Le colloque se déroulera à la Maison de l’Europe, à Paris, le 10 avril 2014.

Ce colloque bénéficie de la collaboration de l’ISMEA/Institut François Perroux et du CIAPHS/UA 2241.

 

Il s'appuie, en outre, sur la participation de la Revue de l’Entrepreneuriat et de La Revue des Sciences de Gestion.

[1] Chris Anderson, Makers : la nouvelle révolution industrielle, Pearson France, 2012.
[2] Jaron Lanier, Who Owns the Future, Simon & Schuster, 2013.

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Published by La redaction de LaRSG - dans Appels à comm.

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